C’est désormais acté, la firme de Cupertino a effectué son grand saut dans l’univers de la réalité mixte. Avec le Vision Pro, un casque contrôlé par le regard, les mains et la voix, Apple ne cache pas son ambition de bouleverser notre quotidien, appliquant une recette éprouvée qui a fait le succès de l’iPod, de l’iPhone ou encore de l’Apple Watch. L’idée n’est pas nécessairement d’inventer, mais de sublimer l’existant pour en faire un produit de luxe incontournable. Si la présentation officielle lors de la WWDC 2023 a marqué les esprits, l’arrivée de ce bijou technologique sur le marché pose encore de nombreuses questions, notamment pour le public européen qui fait face à des limitations inattendues.
Disponibilité et tarifs prohibitifs
Il aura fallu s’armer de patience depuis les premiers prototypes aperçus en mai 2022 jusqu’à la commercialisation effective. Si les chaînes de production ont tourné à plein régime pour un lancement américain en février 2024, le Vieux Continent doit attendre son tour. Selon les prédictions de l’analyste Ming-Chi Kuo et la mise à jour récente du clavier virtuel incluant de nouvelles langues, la France devrait voir débarquer le casque d’ici juin 2024.
La question fâcheuse reste celle du prix. Affiché à 3 499 dollars outre-Atlantique, le tarif français pourrait, une fois les taxes appliquées, flirter avec la barre symbolique des 4 000 euros. Une somme colossale, d’autant qu’elle ne comprend pas les éventuels correcteurs optiques, dont le prix pourrait dépasser les 300 dollars. Pour les plus fortunés trouvant le design en verre feuilleté trop sobre, la marque Caviar propose même une version en or avoisinant les 40 000 dollars. Ce positionnement tarifaire élitiste, couplé à des retours mitigés — Mark Zuckerberg lui-même préférant son Meta Quest 3 — suggère que le Vision Pro vise avant tout, dans sa forme actuelle, un public professionnel. Le secteur médical s’en est d’ailleurs déjà emparé avec succès lors d’interventions chirurgicales. Apple admet elle-même qu’il faudra probablement attendre la quatrième génération pour atteindre la forme idéale du produit.
Une douche froide pour les abonnés Disney+ en Europe
Alors que le design élégant et les prouesses techniques du casque promettent une immersion sans précédent, une ombre vient ternir le tableau pour les futurs utilisateurs européens, spécifiquement concernant l’offre de divertissement. Disney+, partenaire clé d’Apple pour le lancement, mettait en avant son offre Premium incluant la 4K UHD, le HDR10, le Dolby Vision et surtout une vaste bibliothèque de films en 3D tels qu’Avatar ou les productions Marvel. Or, ces fonctionnalités semblent avoir disparu discrètement de plusieurs marchés européens.
Les abonnés en Allemagne ont été les premiers touchés fin 2023, suivis rapidement par la France et l’Italie. Sur les pages de support de ces pays, les mentions du Dolby Vision ont été effacées et une note précise désormais l’indisponibilité des contenus 3D. Si le Royaume-Uni semble épargné pour le moment, conservant l’accès aux titres en trois dimensions, la situation est confuse. Curieusement, même la page de support américaine a retiré les références au Dolby Vision, bien que la 3D y reste listée comme active.
Les dessous d’un conflit juridique
Officiellement, Disney invoque des « défis techniques » pour justifier cette dégradation de service, promettant un rétablissement rapide. Toutefois, la réalité semble bien plus complexe et d’ordre juridique. Un litige de brevets oppose en effet le géant du divertissement à InterDigital, une entreprise américaine spécialisée dans les technologies sans fil et vidéo. En novembre, un tribunal de Munich a accordé une injonction contre Disney pour violation d’un brevet lié à la technologie de streaming vidéo HDR.
Comme le Dolby Vision est une forme avancée de HDR utilisant des métadonnées dynamiques, cette décision de justice explique probablement le retrait de la fonctionnalité en Allemagne et son extension aux marchés voisins, les infrastructures de services étant souvent unifiées à l’échelle européenne. Le retrait simultané des films en 3D suggère que ces fichiers dépendent intrinsèquement de l’encodage Dolby Vision. C’est un coup dur pour l’expérience utilisateur sur le Vision Pro, car si les films en 3D restent louables via l’Apple TV, leur inclusion dans l’abonnement Disney+ constituait l’un des arguments majeurs du casque pour le grand public. L’issue de ce conflit reste incertaine, Disney pouvant faire appel ou tenter de trouver un accord, mais pour l’heure, la technologie de pointe d’Apple se heurte à la réalité administrative des brevets.